II/ Propriétés diététiques et thérapeutiques du lait de jument et du koumiss

 

      *         Introduction

      *          A/ Utilisation du lait de jument en pédiatrie

      *          B/ Utilisation diététique du lait

      *          C/ Utilisation thérapeutique du lait

                             *      Insuffisances cardiaques

                             *      Diabète

                             *      Troubles digestifs

                             *      Hépatites Chroniques

                             *      La Tuberculose

*        Le lait de jument

 

        * Introduction

Les propriétés du lait de jument ont été soulignées par les diététiciens et les médecins antiques (Aristote, Hippocrate, Galien, Pline l'ancien).  Ils le recommandaient pour soigner toutes sortes de maux : empoisonnement et envenimations, douleurs articulaires, pneumonies, cicatrisation des plaies.

 

Le lait de jument fermenté fut déjà mentionné par l'historien grec Hérodote. Lors de ses longs voyages en Asie, il a constaté l'effet revitalisant du Koumiss qu'il résuma par la triade "nutrit roborat alterat" : "nourrit, fortifie et stimule".

 

Par la suite, l'expérience populaire a démontré son efficacité comme aliment de remplacement du lait maternel pour les nourrissons et comme aliment complet pour les convalescents ou les personnes âgées.

 

Ce n'est qu'au début du siècle, et surtout dans les périodes d'après guerre, que les médecins ont étudié le lait de jument pour tenter d'expliquer ses propriétés, voire de généraliser son utilisation.

 

La plupart des expériences ont été menées par les Allemands, les Finlandais et les Russes en ce qui concerne l'utilisation du lait en pédiatrie ; par les Russes, les Polonais et les Allemands pour l'utilisation du Koumiss.

 

     

 

        *A :  Utilisation du lait de jument en pédiatrie

 

Les premières données écrites sont de l'allemand Freudenberg (1946), mais ce sont les Finlandais Thoroddsen et Aalto (1949) qui les premiers organisèrent des collectes de lait dans les haras nationaux à destination des services de pédiatrie.

 

Ces médecins ont été les premiers à mettre en évidence la similitude du lait de jument avec le lait de femme justifiant son utilisation comme aliment de remplacement du lait maternel. Ce lait albumineux et pauvre en matière grasses est très digestible et particulièrement recommandé pour les prématurés et les nourrissons présentant des troubles diarrhéiques.

 

Ils ont montré son efficacité pour enrayer les épidémies de grippes intestinales chez l'enfant et le nourrisson (Darmkatarrh).

 

Dans ces conditions, le lait était réfrigéré à la ferme et pasteurisé. Ce traitement permettait d'obtenir une bonne floculation de l'albumine.

 

En Allemagne, le directeur du service de pédiatrie de l'hôpital de Berlin Charlottenburg le recommandait pour l'alimentation des prématurés et des nourrissons durant les trois premiers mois de leur vie, enrichi en graisse (adjonction de 10 %o de MG sous forme de crème) en remplacement du lait maternel lorsque celui-ci n'était pas disponible (période estivale essentiellement).  Il était distribué, avec succès, sans aucune adjonction aux nouveaux nés atteints de troubles diarrhéiques.

 

MA BICHKOVA et SK NOUGMANOVA en 1980, ont montré que le lait de jument en adjuvant médicamenteux, améliore considérablement le traitement des maladies chronique de l'estomac et du duodénum chez l'enfant.  Chez les enfants recevant du Koumiss, ils constatent en effet une disparition plus rapide des syndromes dyspeptiques, des phénomènes de dysprotéinémie et rétablissement du poids normal de l'enfant.

 

M.A. ACHMETOVA et al. (1987) constatent l'amélioration des indices d'homéostase acido-fondamentale chez les enfants souffrant de pneumonie segmentaire de longue durée et de bronchite récidivante qui prenaient du koumiss (à raison de 25 ml par kilo).

 

     

 

        * B : Utilisation diététique du lait

 

De nombreux auteurs et très récemment T. Ch.  CHARMONOV et A.K. JENGABILOV (1991) ont comparé les qualités diététiques de différents laits.

 

La haute valeur biologique et alimentaire du lait de jument et du Koumiss, leur meilleure digestibilité et assimilation sont liées à sa composition biochimique particulière :

 

 

 
-      floculation des protéines de petite dispersion,

-      importance des lipides ayant un point de fusion bas (polyinsaturés),

-      richesse en lactose stimulant la synthèse du groupe des vitamines B et l'activité vitale du bifidus dans le gros intestin

-      richesse en lysozyme possédant d'une large action antibactérienne et protectrice facilitant en particulier l'hydrolyse autolytique des lipides du lait,

 

Ces particularités physico-chimiques des constituants du lait élèvent le coefficient de l'absorption et d'utilisation des ingrédients de la ration.

 

Les principales qualités du lait ou du koumiss sont donc - sa haute valeur nutritive

 

-      sa richesse en nutriments essentiels (acides gras poly-insaturés, vitamines : A,B et surtout C)

-      La grande digestibilité de sa matière azotée (lait albumineux)

 

En diététique, le lait peut avantageusement être prescrits comme aliment revitalisant et régénérateur aux personnes convalescentes âgées, stressées ou simplement désireuses d'entretenir un bon équilibre physique.

 

Par ailleurs, les régimes à base de lait de jument (fermenté ou non) peuvent permettre de résoudre certains des problèmes de poids (obésité endogène et exogène) et ne sont pas accompagnés d'effets secondaires contrairement aux autres régimes lactés..

     

 

        * C : Utilisation thérapeutique du lait

 

Le lait et le koumiss sont utilisés à des fins thérapeutiques dans de nombreux sanatoriums dans l'ex Union Soviétique, en Pologne et en Allemagne réunifiée, en association (ou non) avec des traitements pharmacologiques (adjuvant).

 

        * Insuffisances cardiaques

 

MINOKIMOV (1986) a étudié l'effet du lait de jument sur un groupe de 20 patients avec des insuffisances cardiaques.  Ils ont reçu 1 litre de lait en 7 à 8 doses par jour.  Cette diète lactée améliore les paramètres de l'hémodynamique, de la diurèse, des indices, des protelnogrammes en comparaison avec un groupe témoin recevant une alimentation normale ( de type F. M. KAREL ) à base de lait de vache.

 

Le lait de jument (et celui de chamelle) semble posséder des agents spécifiques agissant sur la musculature cardiaque.  Cette particularité a été exploitée par certains athlètes lors des phases préparatoires aux courses d'endurance (Marathon)

 

De plus, le métabolisme du cholestérol est favorisé et la teneur élevée en AC essentiels du lait semble jouer un rôle dans le traitement des problèmes d'artériosclérose.

     

 

        * Diabète

 

Au cours des années 1985 - 86 sous le contrôle de N. J. MELNIK et al. se trouvaient 1895 malades diabétiques prenant du koumiss (lait fermenté et alcoolisé) dans les conditions du sanatorium balnéologique. Par rapport à un groupe témoin n'ayant pas pris de koumiss, ils notent de meilleurs indices de la glycémie, une diminution de la dose d'insuline.  L'effet du traitement est moins expressif en cas de forme grave de diabète.  Des chercheurs de l'Institut de recherche scientifique de Piatigorsk ont étudié l'influence du koumiss sur la sécrétion de l'insuline. Les auteurs ont établi que le koumiss est un facteur insulino stimulant que probablement cela s'explique par le synergisme et l'action insulino stimulante des protéines, des matières grasses, des glucides, de l'alcool, des composés minéraux et d'autres matières renfermées dans le koumiss.

     

 

        * Troubles digestifs

 

Les travaux de M. SH.  KADIROVA " le lait de chamelle et de jument dans la diète curative" et de T. CHARMAEV et A.K. JANKQABILOV, "Les propriétés curatives du koumiss et du choubate" ( lait de chamelle ) sont les plus importants travaux publiés.

 

Dans le livre de T. Ch.  CHARMONOV et A.K. JENCABILOV (1991) sont décrits les mécanismes d'action curative du koumiss sur les troubles de la digestion tels que : gastrite chronique, cholécystite, entérite et dysbactériose de l'intestin.

 

Ch.S. ZAGUI]DOULLINE et al. (1987) ont observé l'effet d'un régime thérapeutique de lait de jument sur 425 patients souffrants de troubles digestifs.  Entre le 10è et le 15è jour, on constate la disparition des symptômes dispeptiques et douloureux chez les 79,7% des malades atteints de gastrite, d'ulcère ou de cholécystite chronique.  Ils observent également une normalisation des sécrétions gastriques chez 82% cas de gastrites et 72,5% des cas d'ulcères.  Le transit digestif redevient normal chez pratiquement tous les patients.

 

KADIROVA (1986) a appliqué le lait de jument dans la diététique des malades souffrant d'hépatite chronique, d'ulcères de l'estomac et du duodénum.  Il pense que l'influence curative du lait de jument sur les ulcérés de l'estomac et du duodénum est essentiellement due aux acides gras essentiels (polyinsaturés).  Ces lipides, entrant dans la structure des membranes cellulaires, influenceraient positivement sur le processus de régénération cellulaire et contribueraient à la cicatrisation des ulcères

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Ceci a été confirmé par SK @KEEVA en 1983.  En effet les biopsies effectuées sur ses patients, ont révélé en effet une élévation des processus de régénération de la muqueuse digestive en comparaison des témoins.

 

SK MAKEEVA recommande l'utilisation du Koumiss chez les personnes présentant des colopathies chroniques à raison de 0,5 à 1 litre de lait ou de Koumiss par jour.  Dans tous les cas, les observations cliniques réalisées (couplées de façon systématique par des coloscopies et des rectobiopsies) ont montré l'effet significatif de ce régime sur l'amélioration des phénomènes dyspeptiques et douloureux et en particulier sur les cas d'anorexie, de nausée et de diarrhées.

     

        *Hépatites Chroniques

 

 
 


D'après SHARMANOV et al. (1978), l'hépatite chronique peut être soignée grâce au lait de jument.  Il a étudié l'effet produit par l'administration dans l'alimentation de lait de chamelle et de jument sur 70 patients atteints d'hépatites chroniques.  Le lot témoin était constitué de 46 patients atteints d'hépatites chroniques, recevant du lait de vache. L'examen des caractéristiques des résultats radioisotopiques et du scanner montre une amélioration chez la plus grande partie des patients recevant du lait de chamelle et de jument, tandis que seulement la moitié des témoins ont eu une amélioration.  Cela s'expliquerait par un effet positif de la composition du lait riche en protéines "high standart", en acide gras insaturés, vitamines et d'autres substances actives.

 

En 1986, KADIROVA explique le dynamisme clinique des symptômes chez les souffrants d'hépatites par les particularités des propriétés physico-chimiques du lait de jument :

 

- par sa composition élevée en arginine et acide glutamique produisant leur effet de désintoxication et antitoxique,

 

- par sa richesse en vitamines et matières minérales, prenant part aux processus du métaboliques.

 

Il explique l'effet cholagogue observé par la richesse de ce lait en acides polyinsaturés et surtout en acide arachidonique.

 

     

        * La Tuberculose

 

Une étude sur 165 hommes atteints de tuberculose a été réalisée par SVOBODA H. chez des malades atteints depuis plusieurs années et pour la plupart résistants aux traitements médicamenteux.  Il a constaté la régression des expectorations dans 42% des cas et une amélioration sensible dans 68% des cas.  Les effets du lait ont été examinés sous l'angle de sa composition et des possibilités plus vastes d'administration du lait de jument ont été signalées (pendant la convalescence, dans l'alimentation des nourrissons).

 

SVOBODA écrit : "nous croyons avoir démontré que le lait de jument est une substance biologiquement très efficace.  Son utilisation paraît possible, utile et économique aussi bien dans les pays d'Europe Centrale".

 

K.S. MONCENA et A.S. CHAMAEV (1981) se sont intéressés à l'étude de l'utilisation du koumiss comme adjuvant médicamenteux en vue d'améliorer la tolérance des chimio-préparations antituberculeuses.  L'étude a porté sur le traitement des souffrants de la phtisie au cours des premières étapes de la chimiothérapie.  Les recherches conduites sur 294 malades atteints de tuberculose pulmonaire (sans atteintes digestives), ont montré que l'application du koumiss en combinaison avec la chimiothérapie spécifique évite l'apparition des troubles digestifs consécutifs à la chimiothérapie.

 

R.V. VALICHMETOV et al. (1981) ont étudié l'efficacité du traitement de koumiss sur des malades souffrants de tuberculose rénale qui ne Pouvaient pas supporter les préparations bactériennes.  Ils ont montré que l'application du koumiss au cours du traitement complexe, en sanatorium, exerce en outre, une influence normalisatrice sur la fonction excrétrice des reins.

 

D.M. CHEMAGOULOVA et K.C. TOUKBAEVA (1985) ont fait le bilan pour l'application locale du koumiss pendant le traitement complexe des malades de tuberculose génitale donne un effet positif.

 

L'action biostimulante découverte permet aux chercheurs de le recommander au cours de différentes maladies à caractère tuberculeux.